#DOSSIER / Vers un numérique moins énergivore


Publié le 17 juin 2020
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Découvrez les bonnes pratiques des entreprises et habitant·e·s de la métropole nantaise pour réduire votre empreinte énergétique.

Longtemps considérées comme des innovations au service de l’environnement, permettant notamment de réduire la consommation de papier et de limiter les déplacements, les technologies numériques se révèlent aujourd’hui bien plus polluantes qu’elles n’y paraissent. Une récente étude de l’ADEME (source : La face cachée du numérique - Nov 2019) révèle que les technologies numériques représentent à elles seules 4% des émissions globales des gaz à effet de serre. En cause, l’augmentation du nombre d’appareils par individu et la consommation débridée des services numériques, comme le streaming ou les appels vidéo.

Professionnel.le.s et citoyen·ne·s doivent aujourd’hui interroger leur rapport au numérique et adopter une attitude plus responsable !

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Limiter le nombre d’équipements et prolonger leur utilisation

La première source de pollution du numérique est sans nul doute la production des équipements (ordinateurs, smartphones, tablettes, objets connectés, GPS…). L’ADEME estime en effet que 47% des émissions de gaz à effet de serre générées par le numérique sont dues aux équipements des consommateur·rice·s. Les Français·es changent par exemple de smartphone en moyenne tous les 18 mois, pour avoir un appareil un peu plus performant, bien qu’il soit encore fonctionnel. Or pour rendre ces équipements toujours plus performants, les fabricants ont besoin d’énormément d'énergie, de traitements chimiques et des matériaux rares comme l’or, le platine ou le tantale. Et si les matériaux utilisés sont précieux, leur nombre et la complexité des appareils rendent le recyclage trop difficile et coûteux. Ainsi seulement 20% des appareils électroniques sont recyclés !

Heureusement, il existe des solutions simples pour réduire le bilan environnemental de ces appareils, à commencer par les garder le plus longtemps possible, en les utilisant tant qu’ils sont fonctionnels et répondent à nos besoins. On peut ainsi réduire de 50% le bilan environnemental d’une tablette ou d’un ordinateur en passant de 2 à 4 ans d’utilisation. En cas de panne d’un appareil, il faut en priorité essayer de le faire réparer ou de le réparer soi-même. À Nantes et dans toute la France, sont régulièrement organisés des Repair Café. Ce sont des événements où vous pouvez amener votre appareil en panne et le réparer vous-même, en vous faisant accompagner par des expert·e·s, luttant contre la fameuse obsolescence programmée.

Si toutefois la réparation n’est pas possible, privilégiez des appareils d’occasion ou reconditionnés pour le remplacer. Ces derniers sont moins chers qu’un appareil neuf et chose méconnue : ils bénéficient de la garantie constructeur de 2 ans.

Aller plus loin : Découvrir les labels environnementaux pour les produits multimédia.

Réduire la consommation de données

Les vidéos en ligne représentent 60% du flux mondial de données et elles sont responsables à elles seules de 1% des émissions globales de CO2 ! Pointés du doigt, les services comme YouTube, Netflix ou les visioconférences, rendus encore plus populaires pendant le confinement, saturent complètement internet. Cette consommation effrénée de données oblige les industriels à démultiplier les infrastructures : antennes 4G, routeurs, fibre optique, etc. Or tous ces équipements sont très gourmands en énergie : le transfert de données consomme 5 à 6 fois plus que le stockage !

Pour réduire cette consommation de données, nous pouvons tous agir en suivant des recommandations simples, détaillées ci-dessous.

1. Revoir la consommation de vidéo

Depuis plusieurs années, les services de streaming réfléchissent aux moyens de baisser leur consommation et ainsi réduire drastiquement leurs coûts de transfert. Pour ce faire, ils ont développé une stratégie de stockage intermédiaire. Les vidéos sont ainsi dupliquées et hébergées sur différents serveurs répartis dans le monde entier afin réduire la distance physique entre les vidéos et l’utilisateur. Ainsi lorsqu’un·e utilisateur·rice veut lire une vidéo en streaming, la vidéo parcoure moins de distance et utilise donc moins les infrastrucutures. Cela permet de réduire la consommation et de diffuser plus rapidement les vidéos.

En tant que consommateur·rice·s, nous avons aussi notre rôle à jouer. Pour commencer à faire des économies d’énergie, nous pouvons adapter la qualité du flux vidéo en fonction de la taille de l’écran sur lequel la vidéo est lue. Par exemple en adoptant une résolution 480p au lieu de 4K, la consommation électrique sera divisée par 2, car l’on va réduire le transfert de données et préserver la batterie de notre smartphone. Il faut aussi savoir que regarder une vidéo en 4G consomme 4 à 5 fois plus d’énergie qu’en wifi. Il est donc préférable de télécharger en wifi ses séries/films sur son smartphone pour pouvoir les regarder plus tard en mobilité.

Au travail aussi nous pouvons réduire notre consommation de données en limitant notamment notre usage des visioconférences. L’impact d’un appel vidéo est en effet le même que pour une vidéo en streaming. Il faut donc s’interroger sur la pertinence d’un appel vidéo par rapport à un simple appel audio ou même un mail. Dans le cadre d’une réunion en distancielle où la vidéo est pertinente (ex. partage d’écran, webinaire…), je coupe ma caméra et mon micro lorsque je ne parle pas et je choisis une application éco-responsable.

2. Concevoir des applications éco-responsables

Outre la vidéo, les applications web consomment de plus en plus de données. Avec le développement des serveurs virtuels et du cloud, on a tendance à oublier que ces services dématérialisés reposent sur une infrastructure bien physique et limitée.

“Aujourd’hui les développeurs ne sont plus sensibilisés à l'efficience de leurs applications. On est dans un monde où les ressources (CPU, RAM, réseaux…) sont infinies alors on ne se met plus aucune limite. Avant, tout ça coûtait très cher et il fallait optimiser ce qu’on développait pour limiter les coûts."                                                                                                                                                                        Thierry LEBOUCQ - Chairmnan @ GREENSPECTOR

Romain Petiot, Président du Green Code Lab et membre du conseil scientifique de l’Institut du Numérique Responsable défend donc un développement éco-responsable des projets numériques reposant sur 3 axes :

  • Sobriété fonctionnelle : Cet axe consiste à se limiter au développement de fonctionnalités strictement nécessaires au bon fonctionnement du projet et demandées par les utilisateur·rice·s.
  • Efficience technique : Le projet doit reposer sur un code informatique synthétique, pour être à la fois efficace et peu gourmand en ressources. On optimise aussi les médias pour qu’ils soient les plus légers possible (ex. compression des images)
  • Rétrocompatibilité : L’idée ici est d’allonger la durée de vie du matériel, par le développement d’un projet numérique compatible sur les anciens appareils et/ou systèmes d’exploitation.

“Cette méthode d'éco-conception nous oblige à concevoir des applications performantes. C’est un cercle vertueux car une application éco-conçue répond aux besoins des utilisateurs, consomme moins de ressources, est plus performante, permet un meilleur référencement…”                                                                                                                                                                                        Romain PETIOT - Fondateur @ I Have a Green

Pour sensibiliser les entreprises à ces différents enjeux, la plateforme RSE de la métropole a réuni 10 réseaux nantais pour co-construire un module d’accompagnement et de formation baptisé #NumériqueTraining d’environ 1h30. Les réseaux impliqués organisent aussi des événements, formations ou webinaires, pour apprendre à faire le numérique autrement.

La société nantaise GREENSPECTOR accompagne les entreprises dans l’éco-conception de leurs logiciels et applications en mesurant et analysant la consommation des ressources. Au-delà des bonnes pratiques, la solution développée par GREENSPECTOR se donne une obligation de résultat en identifiant les points à améliorer lors de cas d’usages. Labélisée par Solar Impulse comme l’une des 1000 solutions pour sauver la planète, elle a récemment travaillé sur l’application du gouvernement StopCovid afin d’optimiser la consommation d’énergie.

3. Apprendre à bien utiliser les emails

Souvent décriés, les emails sont la source de pollution la plus visible. Nos boîtes mails débordent d'emails, de newsletters et de spams. Les discours écologiques se focalisent d'ailleurs sur ce problème de stockage et invitent les Français à régulièrement nettoyer leur boite mail. Si le coût énergétique du stockage est indéniable, c’est occulter le vrai problème qui est le transfert des données.

L’envoi d’un mail d’1Mo équivaut à l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes, soit l’équivalent de 20 grammes de CO2 émis. Envoyer le même mail à 10 destinataires multiplie par 4 son impact environnemental (source: ADEME). Pour autant, l’impact des emails reste bien moindre que celui des vidéos et même des services de messagerie comme slack ou whatsapp.

Pour réduire la consommation de données des emails il faut donc réduire leur poids. Cela commence par limiter les pièces jointes, voir les remplacer par un lien. La meilleure pratique est en effet de stocker ses fichiers sur un serveur (ex. Dropbox, Google Drive) et de partager simplement le lien vers ces fichiers. Cela limitera le poids de vos emails et évitera que vos documents ne soient dupliqués et stockés sur les serveurs de chacun de vos destinataires. D'ailleurs, pensez à limiter aussi le nombre de destinataires de vos messages et n’utilisez la fonction “Répondre à tous” que si cela est nécessaire. Si vous utilisez une signature mail avec votre logo, vous pouvez utiliser des outils pour créer une signature en html, comme celui de l’entreprise nantaise Boost My Mail, et ainsi héberger l’image au lieu de l’envoyer systématiquement comme une pièce jointe.

Aller plus loin : Adopter 10 bons gestes numériques en télétravail et au quotidien

Optimiser les datacenters

Dernier point à améliorer, pour un numérique moins énergivore, l'hébergement de toutes nos données et des applications web dans les centres de données (datacenters). Ces infrastructures demandent énormément d’énergie pour fonctionner, car il faut alimenter tout le matériel informatique (serveurs, réseau, stockage…), mais également le refroidir avec de la climatisation. Ainsi, en France, il faut “injecter” en moyenne 2,5 Watts pour 1 Watt consommé par le matériel informatique. C’est ce que l’on appelle le PUE - Power Usage Effectiveness, un indicateur créé il y a une dizaine d’années pour connaître l’efficacité énergétique des datacenters dans le monde.

Choisir des “Green datacenters”

Pour réduire la consommation des datacenters, les industriels travaillent sur des infrastructures avec un PUE le plus faible possible. Les bons élèves atteignent aujourd’hui un PUE compris entre 1,2 et 1,5 watts. Cela passe notamment par la conception de bâtiments qui facilitent le refroidissement des serveurs, la revalorisation de la chaleur produite ou encore l’utilisation de technologies plus efficientes.

Outre le PUE, il est intéressant de s’intéresser aux sources d’énergies utilisées pour alimenter ces datacenters. En effet, il faut garder à l’esprit que l’électricité utilisée pour les alimenter dépend bien souvent du mix énergétique du pays d'implantation, plombant parfois leur bilan carbone. C’est pourquoi de plus en plus de datacenters misent sur les énergies renouvelables pour couvrir une partie de leurs besoins en électricité. En France, nous avons même deux projets de datacenters 100% autonomes grâce aux énergies renouvelables : Webaxys en Normandie et Stratosfair en Bretagne.

Aller plus loin : Greenpeace propose de découvrir le mix énergétique des grands sites et applications comme Facebook ou YouTube sur son comparateur Clickclean.

Rationaliser l’usage des serveurs

Pour faire davantage d’économies d’énergie, il faut aussi rationaliser l’usage des infrastructures. Aujourd’hui, les entreprises achètent des serveurs physiques afin d’y installer leurs applications et stocker leurs données sur des serveurs virtuels. Cette “virtualisation” permet de limiter le nombre de machines physiques à alimenter en électricité, mais les serveurs sont souvent dimensionnés pour absorber les pics d’utilisations et demeurent de fait sous-exploités le reste du temps. Pourtant un serveur consomme à peu de chose près la même quantité d’électricité qu’il soit utilisé à pleine capacité ou non.

À Nantes, la société Clever Cloud a placé cette efficience au coeur de son ADN en développant une solution pour en permanence orchestrer, remanier et rentabiliser au maximum l’usage de chacun de leurs serveurs.

“ L’idée est de rentabiliser au maximum l’usage de chacun de nos serveurs physiques. Au sein de notre service, il y a un système (qu’on appelle en interne un orchestrateur) qui va chercher à optimiser au maximum chaque machine physique en y répartissant au mieux les machines virtuelles (un peu comme dans le jeu Tetris) grâce des logiques issues d’un algorithme de Machine Learning. Ainsi, au lieu d’avoir plusieurs serveurs qui consomment chacun 100 % d’électricité, mais avec un usage des ressources (CPU et/ou RAM) qui oscille entre 5 % et 80 %, la virtualisation et notre orchestrateur vont permettre de faire la répartition des différentes applications sur un seul serveur physique, jusqu'à la quasi-totalité de celui-ci.”

                                       Clément NIVOLLE - Head of Marketing @ Clever Cloud

conclusion

Nous le voyons à travers cet article, malgré son aspect dématérialisé, le numérique repose sur une infrastructure bien physique et consommatrice d’électricité. Pour réduire l’impact du numérique, l’organisation The Shift Project défend le principe de “sobriété numérique” qui vise à consommer le numérique avec modération, en particulier en matière d’usage de la vidéo et de renouvellement des équipements. Elle milite également pour la prise en compte du bilan carbone des projets numériques parmi les critères d’arbitrage, notamment dans les appels d’offres des grands donneurs d’ordre, afin d'accélérer la transition du numérique. Conscients de ces enjeux, les entreprises nantaises se sont emparées du sujet et développent aujourd’hui des solutions pour construire un numérique moins énergivore.

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